Les conséquences de la canicule
Nous souhaitons, aujourd’hui évoquer les conséquences dramatiques de la canicule « historique » que nous venons de connaître, et qui risque malheureusement de devenir l’une parmi une longue série dans les années à venir. Nos pensées vont bien sûr aux agriculteurs touchés par cette situation, ainsi qu’aux animaux morts dans des conditions particulièrement atroces.
Cette crise ne doit justement pas nous faire oublier les causes profondes qui aggravent aujourd’hui la vulnérabilité de nos territoires. Nous devons rappeler les dégâts engendrés par un modèle agricole intensif qui s’est progressivement généralisé dans une partie de la production alimentaire française. Un modèle soutenu par des choix politiques qui, à travers notamment la loi Duplomb et la loi d’urgence agricole, continuent de favoriser l’agrandissement des exploitations et la concentration des productions. Ces agrandissements ne répondent pas à une amélioration des conditions de vie des animaux, ni aux revendications des agriculteurs, qui demandent légitimement a pouvoir vivre de leur production, mais bien trop souvent à une logique de production toujours plus importante.
À cela s’ajoute la pression croissante sur les ressources naturelles, notamment l’accaparement de l’eau par une minorité d’acteurs, alors même que cette ressource devient chaque année plus fragile. La perspective d’une nouvelle loi Duplomb, avec la volonté de réintroduire certains néonicotinoïdes malgré une mobilisation citoyenne de grande ampleur et plus de deux millions de signatures contre cette mesure, soulève une nouvelle fois des interrogations profondes sur la place accordée à la protection du vivant dans les décisions publiques.
Comment continuer à justifier des choix qui contribuent à l’épuisement des sols, à l’assèchement des réserves en eau, à l’effondrement de la biodiversité et à l’apparition de conséquences sanitaires de plus en plus préoccupantes ? Quand des décisions courageuses seront-elles enfin prises pour accompagner une transition agricole indispensable, plutôt que de maintenir de nombreux agriculteurs dans des modèles économiques qui ne leur permettent pas de vivre dignement, au bénéfice des systèmes les plus industrialisés et les plus puissants ?
Nous refusons de croire que ces enjeux soient ignorés. Les responsables publics connaissent les alertes scientifiques, les conséquences environnementales et les difficultés rencontrées par le monde agricole. Pourtant, les réponses apportées semblent encore trop souvent privilégier des intérêts particuliers au détriment du bien commun, de la santé publique, de la protection de l’environnement et de la biodiversité, pourtant indispensables à l’avenir de nos sociétés.
Le communiqué de Madame la Ministre est celui-ci : « Face à l’intensification des épisodes climatiques extrêmes, nous avons la responsabilité de protéger les agriculteurs, les animaux et les végétaux. Il en va de la sécurité des personnes, de l’alimentation des animaux et de la défense de notre souveraineté alimentaire, qui est un impératif national. Ces objectifs exigent des mesures rapides, fortes, et adaptées. Dans cette période de canicule, le pragmatisme doit nous guider. C’est le sens de cette première mesure prise à l’issue d’échanges avec les professionnels agricoles. L’État est plus que jamais mobilisé pour apporter des réponses concrètes aux agriculteurs, protéger leur capacité de production et garantir l’avenir d’une agriculture française résiliente. »
Beau discours mais parler de résilience, de la responsabilité de protéger les agriculteurs, les animaux et végétaux, alors, que Madame la Ministre, au nom de la souveraineté alimentaire, soutient ouvertement l’agriculture intensive, n’est-ce pas un peu“ hors sol“ ?
Pour l’Elan commun, au contraire, nous attendons de notre ministère des actes forts pour défendre et de protéger le bien commun, cœur même de la mission des services publics, aujourd’hui fragilisés et attaqués de toutes parts par des décisions et des choix de gestion qui compromettent durablement l’intérêt collectif .
Nous tenons également à saluer, le travail remarquable des collègues des DDPP et des DRAAF mobilisés sur le terrain, qui interviennent dans un contexte de crises successives et face à des situations parfois dramatiques.
Leur engagement est essentiel, malgré le constat difficile d’une situation qui résulte aussi de choix politiques inadaptés accumulés depuis de nombreuses années. Cet engagement ne peut cependant pas reposer uniquement sur leur dévouement : des moyens humains et matériels adaptés sont nécessaires pour faire face aux défis croissants.
Madame la Ministre a la chance de pouvoir compter sur des équipes compétentes, engagées et profondément investies. Cet engagement mérite d’être reconnu et soutenu à la hauteur des missions qui leur sont confiées, mais au vu des orientations prises depuis des années, nous en doutons grandement.
L’engagement des collègues est d’autant plus remarquable que nos locaux et équipements ne sont pour la plupart pas adaptés aux fortes chaleurs : bâtiments vétustes, absence de ventilateurs, véhicules pas forcément climatisés . Ces conditions de travail dantesques pour les agent-es qui ont dû intervenir auprès d’éleveurs en grande détresse contraints, au sein de leurs exploitations de créer des fosses communes pour enfouir les cadavres de leurs animaux, faute de solutions d’équarrissage doivent nous interroger et être améliorées .
Enfin, nous en venons au terme magique de notre administration, « l’attractivité », répété comme un mantra en espérant qu’il fasse à lui seul changer les choses. En ce mois de juin les agents ont pu se rendre compte de la paupérisation de l’ensemble de la communauté de travail. Des catégories C sous le SMIC pendant près de 20 ans, des techniciens et des secrétaires administratif·ves qui doivent attendre 4 ans avant de pouvoir espérer passer au-dessus de ce seuil fatidique. Même les élèves ingénieurs se retrouvent sous ce seuil pour les 2 années d’études.
Certes, les questions de rémunérations ne sont pas du ressort de la F3SCT, mais cette situation entraine des questionnements voire de la détresse chez les agents et nous tenons à rappeler qu’il est de la responsabilité de l’employeur de garantir la santé physique et morale des salarié·es. Le ministère ne peut pas laisser s’appauvrir ces agents au regard de leur engagement sans faille dans leurs missions quotidiennes et la gestion des crises, dans des conditions de travail qui se dégradent. Et ce ne sont pas des primes qui sont attendues, elles ne comptent pour rien en terme de retraite, mais bien en base de traitement qui permet une réelle reconnaissance des compétences et engagements, pour la population, pour le monde agricole et surtout l’intérêt collectif et le bien commun que constitue l’environnement et la préservation du vivant.
Petite note qui a fait rire « jaune » beaucoup de collègues, au regard des décisions prises ou soutenu par le gouvernement actuel, le message reçu dans certains services ce lundi, concernant la formation obligatoire de tous les agents de l’Etat à « la transition écologique ». On croit rêver !!!!!!
Pour terminer à l’Elan Commun, nous aurions aimé que la DGAL s’empare d’un sujet, enfin abordé au sein de ce ministère, la santé des femmes. En effet, ce sujet nous paraît très important et ce dans toutes les directions métiers, notamment la nôtre au regard des conditions de travail des agents qu’elle couvre : itinérance, travail posté, poste de contrôles frontaliers …
Et pourtant pas un mot lors de cette instance !
Concernant les points à l’ordre du jour, nous aborderons chaque point au moment de leur traitement par cette instance.



